L’interdépendance de la réussite scolaire de l’élève et de sa santé
L’interdépendance de la réussite scolaire de l’élève et de sa santé
Présentation à la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada
Le 19 avril 2002
L’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB) désire remercier la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada de lui donner l’occasion de présenter son point de vue collectif sur cette question d’importance vitale pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens.
Porte-parole provinciale de l’ensemble des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick, l’AEFNB a pour mission de représenter les intérêts collectifs et individuels des enseignantes et des enseignants francophones des écoles publiques du Nouveau-Brunswick; elle favorise, de concert avec ses partenaires, l’avancement de l’éducation en franÁais et valorise la langue et la culture françaises. Elle représente quelque 2 500 enseignantes et enseignants d’écoles primaires et secondaires au Nouveau-Brunswick.
L’interdépendance de la réussite de l’élève et de sa santé
L'état actuel de la recherche sur l’apprentissage scolaire apporte des conclusions évidentes renforçant l’hypothèse voulant que l’élève aux prises avec des problèmes de santé soit désavantagé lorsqu’il se retrouve en situation d’apprentissage. La capacité de l’élève à analyser de l’information, à apprendre, à découvrir, à réagir aux stimulations extérieures est grandement influencée par son état de santé. Pour devenir un élève efficient, l’apprenante ou l’apprenant doit pouvoir s’engager au bon moment et être disposé physiquement et mentalement à accomplir le travail nécessaire à son cheminement scolaire.
Nul doute qu’il appartient à l’enseignante ou à l’enseignant de planifier l’enseignement des contenus, de créer un environnement propice à l’apprentissage, d’accompagner et de guider l’élève dans son cheminement scolaire. Toutefois, certains aspects liés à la santé physique et mentale de l’apprenante ou de l’apprenant font obstacle au pouvoir que peut exercer l’enseignante ou l’enseignant sur la démarche d’apprentissage de l’élève.
La pratique professionnelle de l’enseignement nous a pleinement convaincus qu’on ne peut dissocier la capacité de l’élève à apprendre de sa santé physique et mentale. Il ne suffit pas que l’enfant se présente à l’école pour apprendre; il faut aussi que son état de santé lui permette de le faire le plus efficacement possible. Un enfant qui a faim, un enfant troublé par une situation familiale problématique, un enfant incapable de se concentrer, un enfant ayant des problèmes de comportement, un enfant qui souffre d’un malaise quelconque, ce ne sont là que quelques exemples de problèmes de santé avec lesquels les enfants se présentent à l’école tous les jours. Il importe donc de travailler de façon holistique avec tous les enfants afin de les rendre capables de cheminer.
Aujourd’hui, on observe dans les salles de classe un nombre grandissant d’élèves aux prises avec des problèmes de santé de toutes sortes. L’observation attentive des élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation démontre clairement qu’il est essentiel d’offrir à l’apprenante ou à l’apprenant un appui continu afin d’améliorer deux éléments nécessaires à son cheminement : sa capacité intellectuelle à traiter et à utiliser l’information et son état de santé physique et mentale.
Devant l’ampleur et la complexité de la tâche d’accompagnement de tous les enfants vers la réussite, il nous apparaît essentiel de partager les responsabilités entre les différents experts capables de favoriser cette réussite. C’est la combinaison des connaissances, des expertises, des efforts de tous et de toutes qui donne le résultat voulu. Par conséquent, nous croyons qu’il devrait y avoir une collaboration accrue entre le monde de l’éducation et celui de la santé.
Dans notre document, nous avons identifié certains obstacles à la démarche d’apprentissage de l’élève et les actions qui doivent être privilégiées de manière à pouvoir permettre à l’élève d’être une apprenante ou un apprenant efficient. Nous avons cru utile aussi d’identifier certains moments opportuns oû des interventions par un groupe expert deviennent primordiales. De plus, nous démontrons la nécessité pour certains élèves ayant certains handicaps d’avoir accès à des ressources et à des services spécialisés provenant des experts du monde de la santé.
- 1. L’enfant d’âge préscolaire
Défi de la prévention
Les premières années d’un enfant sont tellement importantes qu’elles ont une influence prépondérante sur son développement et son apprentissage pendant toute sa vie. Tous les enfants, mais plus spécialement les enfants qui présentent des besoins particuliers, doivent recevoir le soutien nécessaire afin de leur donner un bon départ dans la vie.
Il existe un consensus chez les éducatrices et les éducateurs face au dépistage précoce. Il est souhaitable de fournir les ressources dans le but de repérer le plus tôt possible tous les enfants à risque. Il est essentiel qu’une évaluation précoce des enfants se fasse avant l’entrée à l’école afin de s’assurer que les enfants à besoins particuliers reçoivent les services qui répondent à leurs besoins. Il est primordial que des stratégies d’intervention soient mises en oeuvre au moment où les chances de remédier aux problèmes sont les meilleures.
Il est donc essentiel que les différents ministères capables d’intervenir auprès des jeunes enfants collaborent afin d’offrir à ces derniers des spécialistes de la petite enfance qui fourniront des programmes de base sur l’alphabétisation et l’apprentissage pendant les premières années, des ressources pour les parents, les soins prénataux et postnataux ainsi que de l’information sur d’autres services offerts pour les jeunes enfants leur permettant de réaliser leur plein potentiel.
- 2. L’enfant d’âge scolaire
Les enseignantes et les enseignants travaillent quotidiennement avec les jeunes d’âge scolaire. Cette communauté d’élèves vivant et travaillant sous un même toit, leur laisse entrevoir des besoins urgents en matière de santé. La profession enseignante reconnaît le rôle primordial qu’elle doit jouer dans le processus d’éducation des jeunes pour qu’ils développent des habitudes de vie saines qui favoriseront une meilleure santé tout au long de leur vie. Pour mener à bien cette mission, elle a besoin de la collaboration, de l’appui et des compétences des ministères responsables de la santé et du mieux-être.
- Certains enfants d’âge préscolaire ont reçu des services du ministère de la Santé et du Mieux-être visant à corriger certaines conditions faisant obstacle à leur cheminement physique et mental. Les enseignantes et les enseignants qui accueillent ces enfants à la maternelle pourraient les appuyer dans leur cheminement plus rapidement et plus efficacement s’ils recevaient toute l’information en ce qui concerne les actions entreprises auprès de ces enfants par des professionnels de la santé dans le but de les aider à cheminer. De plus, par la suite, un partage des expertises des professionnels de la santé et de l’éducation favoriserait le cheminement continu de ces enfants.
- Il arrive que des élèves se présentent à l’école souffrant de certains maux passagers. Incapable de soigner ces jeunes à l’école, nous devons les retourner au foyer. Or, on sait que les services d’infirmières dans les écoles ont été largement coupés au fil des ans. Si ces services existent encore dans quelques écoles, les visites de ces personnes se font à des moments qui s’espacent davantage d’année en année. Dans le but de répondre aux besoins de nos jeunes élèves, nous demandons que des infirmières soient présentes quotidiennement dans toutes les écoles francophones du Nouveau-Brunswick.
- Les problèmes de drogue sont très présents dans nos écoles, dans les cours de récréation ou dans les environs des écoles. Or, les suivis des cas référés durent souvent des mois. Il faut que le corps soit sain pour que l’esprit fonctionne bien. Donc, puisque ces jeunes ne reÁoivent pas toujours les soins appropriés, ils risquent de ne pouvoir s’acquitter de leur rôle d’étudiante ou d’étudiant. Des rencontres sont donc essentielles entre les professionnels de la santé et les professionnels de l’enseignement dans le but d’étudier et d’analyser les besoins de ces jeunes aux prises avec des problèmes de drogue et de leur offrir des services appropriés.
- On constate dans nos écoles un nombre croissant d’élèves aux prises avec des problèmes de santé de toutes sortes. Beaucoup d’enseignantes et d’enseignants doivent administrer des médicaments sans avoir reçu de formation et d’information à ce sujet. Il est devenu nécessaire d’offrir à ces enseignantes et à ces enseignants des sessions de formation et d’information, qui soient données par des experts de la santé.
- Le développement global de l’enfant nous amène à nous soucier de son état de santé, de sa forme physique. Or, nos jeunes sont dans un pire état sous ce rapport que les générations précédentes selon de nombreuses études. L’obésité est un problème en croissance constante. Le diabète de type sénile fait son apparition à l’adolescence maintenant dû principalement à une alimentation totalement déséquilibrée. Les enseignantes et les enseignants demandent un appui du ministère de la Santé et du Mieux-être afin de revendiquer la nécessité d’offrir aux élèves un plus grand nombre d’heures par semaine d’éducation physique dans le but de remédier à cette situation déplorable.
- Le suicide chez les jeunes est un problème très grave qu’on ne peut passer sous silence. Alors, il y a urgence. Urgence que les professionnels de la santé et les professionnels de l’éducation travaillent ensemble et mettent sur pied des programmes efficaces de prévention et de collaboration en situation de crise.
- Enfin, il y a trop peu de programmes de prévention et d’éducation en matière de santé dans les écoles. Mieux vaut prévenir que guérir. Or, souvent dans les écoles, faute de personnel d’appui, on néglige de faire de la prévention. Dans de trop nombreuses cours de récréation, on fume et l’école malheureusement devient parfois pour trop de jeunes un milieu où l’on apprend à fumer. Les jeunes font face à de nombreuses pressions de l’extérieur et se retrouvent avec des problèmes de santé majeurs comme l’anorexie, la boulimie, la consommation d’anabolisants, la grossesse chez les adolescentes, etc.
Voici quelques points où le maintien des soins de santé ont une portée sur l’éducation :
Pour ces raisons, le personnel enseignant a besoin de l’appui du personnel de la santé dans le but de conscientiser les jeunes aux effets néfastes du tabac, de l’importance de bonnes habitudes d’alimentation, de l’activité physique et d’autres habitudes de vie saine.
Conclusion
Tenir compte de tous les points que nous avons soulevés implique à coup sûr une collaboration accrue entre le monde de la santé et celui de l’éducation. Il importe de construire un pont entre les experts de ces deux domaines dans le but de favoriser la réussite de tous les élèves.
Les enseignantes et les enseignants se préoccupent beaucoup de la présence d’élèves dans la salle de classe aux prises avec des problèmes de santé de toutes sortes. Ils sont conscients de l’importance d’offrir des services de qualité à tous les élèves. Parce qu’ils sont désireux de favoriser la réussite de tous les élèves, ils demandent l’appui des professionnels de la santé dans l’atteinte de cet objectif. Comme le dit si bien le proverbe : Il faut tout un village pour éduquer un enfant.
Nouvelles
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